Les quatre types de Satir (attitudes de survie)

Virginia Satir a découvert quatre catégories de communication ou d’attitudes que les personnes adoptent lorsqu’elles sont sous tension. Chacune de ces catégories de Satir se caractérise par une posture corporelle particulière, une gestuelle spécifique, des sensations corporelles associées et une syntaxe spécifique.

Aperçu des quatre types de Satir

Forme de communication (rôle)DescriptionQuestions d’accès
Le conciliateur (Pacater)« Je suis heureux qu’on me permette au moins d’être ici. »
Usage de restrictions : si, seulement, juste, du tout
Utilisation de nombreux conditionnels : pourrait, voudrait, etc. Perturbation par la lecture de pensée
Posture corporelle :
affaissé, vacillant, tête fortement relevée, main tendue vers l’avant dans un geste suppliant

Voix :
gémissante, aiguë, comprimée
L’accusateur (Blamer)« Si tu n’étais pas là, le monde irait parfaitement bien ! » Quantificateurs universels : tous, chacun, jamais. Liens de causalité implicites (si, alors : parce que ...) Utilisation de questions négatives : Pourquoi ne le faites-vous pas ? Perturbation par l’affirmation de liens causauxPosture corporelle :
tendue, crispée, respiration superficielle et forcée

Voix :
forte, stridente, dure
Le distracteur (Distractor)« Rien ne me vient à l’esprit, ou bien – attendez – hier j’ai croisé un acteur qui lui non plus ne savait pas ... » usage arbitraire des trois schémas de langage mentionnés ci-dessus, manque de liens et de références, passage rapide d’un schéma à l’autrePosture corporelle :
mouvements de la tête, du tronc et des extrémités paraissant désordonnés

Voix :
fébrile, rapide, agitée
Le rationalisateur (Computer)« Après une réflexion calme et objective, on peut constater que ... »Effacement des indices de référence, usage de nominalisations, usage de noms sans indice de référence : il, on, les gens, etc. Effacement du sujet / de la référence au sujet Posture corporelle :
immobile, tendu, peu réactif

Voix :
monotone, sèche

1. Conciliation

La conciliation est l’une des quatre principales façons dont nous réagissons lorsque nous avons l’impression que notre survie est menacée.
Lorsque nous concilions, nous négligeons nos propres sentiments concernant notre valeur, nous remettons notre pouvoir à quelqu’un d’autre et nous disons oui à tout. Une personne qui tend à concilier prend en compte les autres et le contexte, mais ses véritables sentiments sont négligés.

Beschwichtigen

La conciliation donne l’apparence d’être agréable, ce qui est très apprécié dans la plupart des cultures et des familles.
Mais la conciliation se distingue de l’effort congruent pour faire plaisir à quelqu’un. Nous concilions au détriment de notre propre valeur. Lorsque nous concilions, nous négligeons notre estime de nous-mêmes et transmettons à l’autre le message que nous ne sommes pas importants.

La réaction conciliatrice

Mots

  • Accord :
    • « Tout est de ma faute. »
    • « Je ne suis rien sans toi. »
    • « Je suis seulement ici pour te rendre heureux. »

Affect

  • Suppliant :
    • « Je suis impuissant. »
    • Expression suppliante et voix suppliante
    • La posture corporelle exprime la faiblesse

Comportement

  • Martyr dépendant :
    • Comportement exagéré
    • S’excuser
    • Se lamenter et supplier
    • Céder

Expérience intérieure

  • « Je me sens comme un néant. »
  • « Je ne vaux rien. »

Conséquences psychologiques

  • Névrotique
  • Dépressif
  • Suicidaire

Conséquences physiologiques

  • Troubles du système digestif
  • Ulcères d’estomac
  • Nausées, etc.
  • Diabète
  • Migraine
  • Constipation

Image de soi / schéma intérieur

  • Parenthèse / Soi
  • Ressource : aimant, sensible


Le conciliateur parle toujours d’une manière flatteuse ; il essaie de plaire ; il s’excuse et ne s’oppose jamais à rien, quoi qu’il arrive. C’est un béni-oui-oui.

Il parle comme s’il ne pouvait rien faire pour lui-même. Il doit toujours trouver quelqu’un qui le reconnaisse. Tu remarqueras plus tard que si tu joues ce rôle seulement cinq minutes, tu auras la nausée et tu auras envie de vomir. Pour avoir l’air vraiment conciliant, il est très utile de s’abandonner à l’idée qu’on ne vaut rien.

Tu peux t’estimer heureux qu’on t’autorise seulement à manger. Tu dois de la gratitude à tout le monde, et tu es vraiment responsable de tout ce qui va mal. Tu sais que tu aurais pu empêcher la pluie si seulement tu avais utilisé ta tête, mais tu n’en as même pas. Bien sûr, tu accepteras toute critique à ton sujet. Tu es évidemment reconnaissant du simple fait que quelqu’un t’adresse la parole, quoi qu’il dise ou quelle que soit sa manière de le dire. Tu n’aurais pas l’idée d’exiger quoi que ce soit pour toi-même. Après tout, qui es-tu pour pouvoir faire des exigences ?

Et puis, si seulement tu étais assez bien, cela viendrait tout seul. Sois la personne la plus collante, la plus souffrante, la plus lèche-bottes que tu puisses être. Imagine ton corps avec une jambe à genoux, un peu vacillante, une main tendue dans un geste suppliant, et veille à ce que ta tête soit fortement relevée, et tu auras mal à la tête en un rien de temps. Si tu parles dans cette position, ta voix sera gémissante et aiguë, car tu tiens ton corps tellement recroquevillé que tu n’as pas assez d’air pour avoir une voix riche et pleine. Tu diras « oui » à tout, peu importe ce que tu ressens ou penses. Cette figure conciliatrice est la posture corporelle correspondant à la forme de réaction conciliatrice.

2. Accuser

Accuser est l’exact opposé de la conciliation.
L’attitude accusatrice est un reflet incongruent de la règle sociale selon laquelle nous devons nous affirmer et n’accepter aucune excuse, aucun désagrément ni aucune insulte de la part de qui que ce soit – bref, nous ne devons pas être « faibles ».

Anklagen

Pour nous protéger, nous attaquons les autres ou les circonstances et nous les accusons.
Quand nous accusons, les autres ne comptent pas pour nous, seuls nous-mêmes et le contexte comptent. Lorsque nous avons adopté l’attitude de l’accusateur, nous sommes souvent qualifiés d’hostiles, tyranniques, râleurs ou violents.

La réaction accusatrice

Mots

  • Être en désaccord :
    • « Tu ne fais rien correctement. »
    • « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »
    • « Tout est de ta faute ! »

Affect

  • Accuser :
    • « Ici, c’est moi le chef. »
    • Posture corporelle puissante
    • Tension

Comportement

  • Attaquer :
    • Juger
    • Donner des prescriptions
    • Attribuer la faute

Expérience intérieure

  • Isolé
  • « Je suis seul et sans succès. »

Conséquences psychologiques

  • Paranoïaque
  • Délinquant
  • Dangereux pour autrui (meurtrier potentiel)

Conséquences physiologiques

  • Tension musculaire et douleurs dorsales
  • Problèmes circulatoires et hypertension
  • Arthrite
  • Constipation
  • Asthme

Image de soi / schéma intérieur

  • Parenthèse « Les autres »
  • Ressource : assertif


L’accusateur est un « chercheur de fautes », un dictateur, un patron. Il agit avec arrogance et semble dire : « Si tu n’étais pas là, tout irait bien. » Intérieurement, les muscles et les organes se sentent tendus. La pression artérielle monte. La voix est dure, ferme, souvent stridente et forte. Une « accusation » convaincante exige de toi d’être aussi bruyant et tyrannique que possible. Écrase tout et tout le monde.

Pour avoir l’air accusateur, il est utile d’imaginer que l’on a un doigt accusateur tendu, et de commencer les phrases par : « Tu ne fais jamais ça », ou « Tu fais toujours ça », ou « pourquoi fais-tu toujours ça », « Pourquoi ne fais-tu jamais ça », et ainsi de suite. Ne te soucie pas des réponses. Ce n’est pas important.

L’accusateur cherche davantage à mettre en avant son importance qu’à vraiment découvrir quelque chose. Que tu en sois conscient ou non, quand tu accuses, tu respires par petites inspirations serrées ou tu retiens complètement ta respiration, car les muscles de ton cou sont si tendus. As-tu déjà vu un accusateur vraiment de première classe, dont les yeux sortaient de leurs orbites, les muscles du cou et les ailes du nez ressortaient, qui devenait rouge et dont la voix ressemblait à celle de quelqu’un qui pelle du charbon ?

Imagine-toi avec une main sur la hanche, l’autre bras tendu avec l’index pointé droit devant toi. Ton visage est déformé, tes lèvres sont crispées, tes ailes du nez vibrent quand tu cries des insultes et critiques tout sous le soleil. Au fond, toi aussi, tu ne crois pas vraiment que tu as de la valeur. Si tu trouves quelqu’un qui t’obéit, tu as alors le sentiment de signifier au moins quelque chose.

3. Détourner l’attention (réaction non pertinente)

La quatrième attitude de survie est la réaction non pertinente, souvent confondue avec le fait d’être amusant ou de faire le clown. Le schéma non pertinent est le pendant de l’attitude excessivement rationnelle. Lorsque les gens se comportent de manière non pertinente, ils sont constamment en mouvement.

Il s’agit d’une tentative de détourner l’attention des autres des sujets en cours de discussion.

La personne qui réagit de manière non pertinente produit constamment de nouvelles idées et veut faire des myriades de choses en même temps.

Ablenken Irrelevant

Le soi, les autres et le contexte de l’interaction ne jouent aucun rôle pour ces personnes lorsqu’elles se trouvent dans l’attitude de la non-pertinence.

Le public qualifie souvent les personnes qui se comportent de manière non pertinente de spontanées et joyeuses. Souvent, dans la vie, ce comportement non pertinent évolue vers une instabilité générale, et elles paraissent sans but. Tant qu’elles parviennent à détourner l’attention de sujets qui, même de façon minime, sont liés au stress pour elles, elles croient qu’elles réussiront à survivre. Elles ne sont pas capables de se concentrer sur un sujet précis.

La réaction non pertinente

Mots

  • Sans lien :
    • n’ont aucun sens, ne se rapportent pas au sujet
    • sortent constamment verbalement du terrain

Affect

  • Confus :
    • « Je ne suis pas vraiment ici. »
    • Traits du visage et corps constamment en mouvement
    • Posture corporelle tordue et instable

Comportement

  • Distrayant :
    • Comportement inadéquat
    • Hyperactif
    • Perturbateur

Expérience intérieure

  • « Personne ne se soucie de moi. »
  • « Il n’y a pas de place pour moi. »
  • Perdre l’équilibre pour être remarqué

Conséquences psychologiques

  • Confus
  • Inapproprié
  • Psychotique

Conséquences physiologiques

  • Système nerveux central stressé
  • Troubles gastriques, nausées, etc.
  • Diabète
  • Migraine
  • Constipation

Image de soi / schéma intérieur

  • Ni le « soi », ni les « autres », ni le « contexte » ne comptent
  • Ressource : amusement, spontanéité, créativité


Quoi que dise ou fasse la personne qui détourne l’attention, cela n’a aucun rapport avec ce que dit ou fait quelqu’un d’autre. Elle ne répond jamais directement à une question. Intérieurement, elle se sent étourdie ou floue. La voix peut être chantante et ne correspond souvent pas aux mots ; elle peut monter et descendre sans raison, parce qu’elle n’est dirigée vers rien.

Si tu joues ce rôle de distraction, il t’aidera de t’imaginer avec une tête de travers qui tourne sans arrêt, de sorte que tu ne sais pas où tu vas et que tu ne remarques même pas quand tu arrives quelque part. Tu es bien trop occupé à bouger ta bouche, tes yeux, tes bras et tes jambes. Veille à ne jamais employer de mots précis. Ignore les questions de tout le monde, réponds éventuellement par une question sur un tout autre sujet. Tire une fibre imaginaire du vêtement de quelqu’un, défais des lacets, et ainsi de suite.

Imagine ton corps comme s’il pointait simultanément dans différentes directions. Fais des jambes en X exagérées en rapprochant les genoux. Cela poussera tes fesses en arrière et aidera à courber ton dos ainsi qu’à diriger tes bras et tes jambes dans différentes directions. Au début, ce rôle semble soulager, mais après quelques minutes de jeu, les terribles sentiments de solitude et d’absence de but deviennent évidents. Si tu bouges assez vite, tu le remarqueras moins.

Prends les quatre postures corporelles comme exercice personnel. Reste ainsi 60 secondes et observe ce qui se passe en toi.

4. Rationaliser

Le schéma de communication de la rationalisation excessive ne tient compte ni du soi ni de l’autre personne.
Être excessivement rationnel signifie que l’on se guide dans l’action uniquement d’après le contexte, le plus souvent au niveau de l’information et de la logique. Pour prendre conscience de cette attitude excessivement rationnelle, nous nous tenons droits, raides et immobiles, les deux bras le long du corps ou croisés symétriquement devant le corps. Nous ressentons alors rapidement de fortes douleurs dorsales, parce que nous nous tenons de manière trop rigide.

Rationalisieren

Nos pieds sont placés l’un contre l’autre. Comme nous n’affichons aucune expression, notre visage paraît complètement inexpressif. Quand quelqu’un nous parle, nous faisons de longs discours, avec un air apparemment froid et digne.
La caractéristique évidente de cette attitude est une objectivité presque inhumaine. Nous ne nous permettons ni à nous-mêmes ni aux autres de se concentrer sur les sentiments. Cela reflète la convention sociale selon laquelle la maturité signifie ne pas bouger, ne pas regarder, ne rien toucher et ne ressentir aucune émotion.

La réaction excessivement rationnelle

Mots

  • Objectivité extrême :
    • Référence aux règles et aux « bonnes » choses
    • Discours abstrait et longues explications
    • « Tout doit être académique. »
    • « Il faut être intelligent. »

Affect

  • Calme, distant :
    • « Il faut être cool, calme et maître de soi – à tout prix. »
    • Posture corporelle raide
    • Expression de supériorité
    • Les sentiments, s’ils apparaissent, sont à peine perceptibles

Comportement

  • Autoritaire :
    • Orientation rigide vers les principes
    • Action rationaliste
    • Manipulateur
    • Compulsif

Expérience intérieure

  • « Je me sens sans valeur et isolé. »
  • « Je ne peux montrer aucun sentiment. »

Conséquences psychologiques

  • Obsessif-compulsif
  • Sociopathique
  • Socialement retiré
  • Catatonique

Conséquences physiologiques

  • Maladies liées à la déshydratation
  • Altération de la sécrétion (par ex. ganglions lymphatiques, glandes)
  • Cancer
  • Mononucléose
  • Crise cardiaque
  • Maux de tête

Image de soi / schéma intérieur

  • Parenthèse « Soi et autres »
  • Ressource : intellect


Le rationalisateur est très correct et très raisonnable, sans laisser paraître la moindre émotion. Il est calme, froid et maître de lui. On pourrait le comparer à un ordinateur ou à un ouvrage de référence. Le corps paraît sec, souvent froid et sans relation. La voix est sèche et monotone ; les mots sonnent légèrement abstraits.

Si tu veux être rationalisant, utilise les mots les plus longs possible, même si tu n’es pas sûr de leur signification. Au moins, tu auras l’air intelligent. De toute façon, après un paragraphe, plus personne n’écoutera.

Pour te mettre dans l’état correspondant à ce rôle, imagine que ta colonne vertébrale est une longue et lourde barre allant de ton derrière jusqu’à la nuque, et que tu portes autour du cou un collier de fer de 30 cm de large. Garde tout en toi aussi immobile que possible, même ta bouche. Il te sera difficile de garder tes mains immobiles, mais essaie. Quand tu rationalises, ta voix s’éteindra peu à peu, car tu n’as plus aucune sensation du crâne vers le bas. Ton cerveau fait sans cesse des efforts pour que rien ne bouge en toi, et tu es occupé à choisir les bons mots. Après tout, tu ne dois jamais faire d’erreur.

Ce qu’il y a de triste dans ce rôle, c’est qu’il semble représenter un idéal pour beaucoup de gens. « Prononce les bons mots : ne montre aucun sentiment, ne réagis pas. »

Exercice sur les catégories de Satir

  1. Exercice en groupes de quatre : il s’agit de simuler une situation conflictuelle, par ex. pour ou contre la maîtrise de l’énergie nucléaire, le « mariage homosexuel », les femmes prêtres catholiques, les chances de surmonter le chômage, etc. Les quatre types de Satir doivent être attribués.
  2. Chaque participant endosse un rôle et discute en tant que Placater, Blamer, Computer, Distractor pendant environ cinq minutes ; ensuite, tous changent de rôle jusqu’à ce que chacun ait occupé chaque position une fois.
  3. Après un passage complet, les participants échangent : Quel rôle a été le plus désagréable ? Quel rôle a été (relativement) facile à adopter ? Quel a été l’effet sur les autres ? Quel effet les autres ont-ils produit avec leurs rôles ?
  4. Dans la phase suivante, on essaie des contre-stratégies. Une personne du groupe endosse à tour de rôle pendant cinq minutes le rôle qu’elle souhaite encore explorer davantage. Sa tâche consiste à présenter au groupe, dans le rôle qu’elle a choisi, un problème du quotidien. Les autres participants essaient de remettre en question avec tact cette attribution de rôle et d’élargir les positions perceptives effacées, déformées ou généralisées. Chaque rôle devrait être occupé une fois.
  5. Feedback final et échange en groupe.